Une étude publiée en 2025 auprès de 808 jeunes adultes compare la fréquence, la vitesse, l’intensité, les pensées amoureuses et l’engagement. Les écarts observés entre hommes et femmes existent, mais ils ne désignent aucun champion de l’amour.
Tomber amoureux, oui. Tomber dans le panneau, non
L’article Sex differences in romantic love: an evolutionary perspectivepublié en 2025 dans la revue Biology of Sex Differencesporte sur 808 jeunes adultes qui vivaient un amour romantique au moment de l’étude. Les chercheurs ont comparé le nombre de fois où les participants étaient déjà tombés amoureux, la vitesse d’apparition du sentiment, son intensité, les pensées centrées sur la personne aimée et l’engagement.
Ces critères ne mesurent pas une seule et même chose. La vitesse à laquelle un sentiment apparaît, la place qu’occupe l’autre dans les pensées et la volonté de s’engager peuvent évoluer différemment. Une personne peut donc ressentir une forte intensité sans que cette mesure suffise à décrire toute sa relation.
Un article de synthèse publié en mai 2024 dans Behavioral SciencesRefuting Six Misconceptions about Romantic Loverappelle que l’amour romantique n’est pas nécessairement une émotion unique, réciproque ou liée à une relation déjà formée. Il peut aussi être intense sans être totalement incontrôlable. Voilà qui complique les conseils en cinq étapes et les diagnostics improvisés entre deux captures d’écran.
Le résultat à retenir ne désigne donc pas qui aimerait « mieux », mais montre que la réponse change selon le critère observé.
Plus vite, plus fort, mais pas de médaille
Les hommes dégainent, les femmes s’embrasent?
Dans cet échantillon, les hommes déclaraient être déjà tombés amoureux davantage de fois que les femmes. Ils rapportaient aussi une progression plus rapide du sentiment par rapport au début de leur relation. Les femmes déclaraient, de leur côté, une intensité plus élevée de l’amour romantique et davantage de pensées centrées sur la personne aimée.
L’article parle alors d’« obsession amoureuse ». Le terme décrit ici une fréquence de pensées dans une mesure de recherche. Il ne constitue ni un diagnostic psychiatrique ni une preuve de comportement dangereux. Le vocabulaire scientifique adore parfois compliquer une idée simple, histoire de laisser aux parents un peu moins de place dans leur cerveau déjà plein.
Les femmes obtenaient également un niveau d’engagement plus élevé dans la comparaison initiale. Ce résultat ne restait toutefois pas significatif quand les chercheurs contrôlaient plusieurs variables susceptibles d’influencer l’amour romantique. L’engagement est donc le critère qui perdait le plus nettement sa différence dans l’analyse multivariée.
Les auteurs interprètent ces écarts à la lumière de la théorie de la sélection sexuelle. Ils avancent l’hypothèse que des défis adaptatifs différents, au cours de l’histoire évolutive humaine, puissent contribuer à certaines différences. Une hypothèse évolutive aide à discuter un résultat. Elle ne distribue pas les rôles amoureux avec un livret de règles.
La moyenne ne connaît pas ton prénom
Une comparaison de groupes ne raconte pas l’histoire affective de chaque participant. Dans cette étude, les différences observées diminuent pour certains critères lorsque d’autres variables sont prises en compte. Les titres qui cherchent « le sexe qui aime le plus » abandonnent donc une partie du résultat en route.
La publication compare des groupes masculins et féminins dans le cadre de ses analyses. Ses données ne permettent pas d’en déduire une cause directe du sexe sur la vitesse ou l’intensité du sentiment, ni de prédire le comportement d’une personne à partir de son appartenance à un groupe. Les chiffres donnent une tendance dans un échantillon, pas un mode d’emploi pour le couple.
Le cerveau amoureux n’a pas de bouton Netflix
La VTA, le circuit n’est pas le scénario
Une méta-analyse publiée en juillet 2022 dans Brain SciencesThe Neurobiological Basis of Love: A Meta-Analysis of Human Functional Neuroimaging Studies of Maternal and Passionate Lovea comparé des travaux d’imagerie cérébrale sur l’amour maternel et l’amour passionnel. Elle a repéré une activation commune de la région tegmentale ventrale, ou VTA, dans les deux formes d’amour.
La VTA intervient dans des mécanismes liés à la motivation et à la récompense. La méta-analyse associait l’amour maternel à la VTA gauche, au thalamus droit, à la substance noire gauche et au putamen gauche. L’amour passionnel était associé à une activation de la VTA des deux côtés. Ces résultats indiquent des points communs dans les activations observées, pas l’existence d’un bouton cérébral qui fabriquerait l’amour.
L’article de synthèse paru en 2024 dans Behavioral Sciences formule la même prudence sous un autre angle : il n’existe pas de région cérébrale, d’hormone ou de neurotransmetteur entièrement dédié à l’amour romantique. La VTA apporte une pièce au puzzle. Elle ne fournit pas le scénario complet, encore moins le verdict sur une relation.
Six mythes et un cœur pas mécanique

La revue de 2024 ne s’arrête pas aux différences entre hommes et femmes. Elle réfute six idées reçues : l’amour romantique n’est pas forcément dyadique ou interpersonnel, il ne se réduit pas à une émotion, il n’a pas uniquement des effets positifs, il n’est pas totalement incontrôlable, il ne dépend pas d’un seul mécanisme cérébral et sa manipulation pharmacologique n’est pas à portée de main.
Cette grille de lecture change la façon d’interpréter les pensées amoureuses. Penser souvent à quelqu’un ne suffit pas à mesurer l’engagement. Ressentir une intensité élevée ne dit pas automatiquement comment une relation fonctionne. Tomber amoureux plus vite ne permet pas de prédire la durée du sentiment.
La revue invite aussi les chercheurs à distinguer clairement les hypothèses, les suggestions et les résultats empiriques. Pour la lectrice qui tente de décoder son couple entre une lessive et un message laissé en vu, la règle reste utile : une explication séduisante n’est pas forcément une preuve.
Le couple n’est pas un bulletin de notes
Les résultats de 2025 ne forment pas un podium entre les hommes et les femmes. Ils montrent plusieurs écarts dans un groupe précis, dont certains restent présents après prise en compte de variables supplémentaires et dont l’un, l’engagement, perd sa significativité dans l’analyse multivariée.
Ces données peuvent surtout aider à séparer ce que l’on ressent de ce que l’on décide. La fréquence des pensées, la vitesse des débuts et l’intensité émotionnelle ne résument ni les limites posées, ni la qualité des échanges, ni la manière de faire vivre une relation au quotidien. Le cerveau amoureux a ses circuits, ses variations et ses grands ratés. Pour le reste, il faut encore parler à l’autre, ce vieux dispositif qui n’a toujours pas d’application.
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- Fall in Love (2021) – MyDramaList.
