Une étude publiée en 2025 ne désigne pas le deuxième, le troisième ou le quatrième enfant comme responsable des turbulences amoureuses. Elle observe plutôt une association entre le fait d’avoir des enfants et des niveaux plus faibles de passion et d’intimité, tandis que l’engagement reste à part.
On connaît la scène : une conversation de couple interrompue par un biberon, une lessive, un message de la crèche ou une négociation sur le dessin animé du soir. À force de gérer la logistique, la relation amoureuse peut passer en arrière-plan. Mais est-ce le nombre d’enfants qui pèse le plus? L’étude Is Family Size Related To Love? Data from 25 Countriespubliée en 2025 dans la revue scientifique Human Natureapporte une réponse moins spectaculaire et plus intéressante que les habituels tableaux de compatibilité familiale.
Le grand amour passe au banc d’essai
Les chercheurs ont analysé les réponses de 3 187 adultes mariés ou fiancés, âgés de 18 à 99 ans, issus de 25 pays. Les femmes représentaient 55,9 % de l’échantillon. L’objectif était d’étudier le lien entre la présence d’enfants, leur nombre et l’amour romantique.
Pour mesurer cet amour, l’étude s’est appuyée sur le modèle triangulaire de Robert Sternberg. La passion renvoie à l’attirance et au désir. L’intimité concerne la proximité émotionnelle, la chaleur et le partage des expériences. L’engagement correspond à la décision de maintenir une relation dans la durée. Trois curseurs différents, pas une note globale qui mettrait tout le monde dans le même panier.
Cette distinction compte dans la vie réelle. Se sentir moins disponible pour une soirée en amoureux ne signifie pas automatiquement remettre en cause son attachement. De la même manière, un couple peut rester très engagé tout en ayant moins de temps pour parler de lui-même. Avec des enfants, le couple ne disparaît pas forcément : il peut être recouvert par une montagne de tâches administratives, de fatigue et de chaussettes orphelines.
Un enfant, mais pas l’arithmétique du câlin

Le résultat principal est précis : dans cet échantillon, le fait d’avoir des enfants était associé à des niveaux plus faibles d’amour romantique global, d’intimité et de passion. En revanche, le nombre d’enfants n’était associé à aucune de ces dimensions. L’engagement, lui, n’était lié ni au fait d’avoir des enfants ni à leur nombre.
Le signal observé concerne la présence d’enfants, pas une addition mécanique des enfants.
Cette étude décrit des associations statistiques, pas un lien de cause à effet. Elle ne permet ni d’affirmer qu’un enfant fait baisser l’amour ni de conclure qu’une famille nombreuse protège l’intimité. Le résultat concerne un échantillon d’adultes mariés ou fiancés interrogés dans 25 pays à un moment donné.
Cette nuance évite une lecture culpabilisante. Une famille avec un seul enfant peut traverser une période de distance, tandis qu’une famille avec plusieurs enfants peut conserver une forte proximité. Le nombre ne résume ni la répartition des tâches, ni les ressources financières, ni le soutien de l’entourage, ni l’histoire du couple. Et franchement, une équation où chaque doudou ferait perdre 0,3 point d’intimité, ce serait pratique pour les tableurs, mais pas très sérieux.
Sternberg au pays des doudous
La baisse observée ne touche pas toutes les composantes de l’amour romantique de la même manière. La passion et l’intimité semblent plus fragiles chez les personnes ayant des enfants, alors que l’engagement ne varie pas avec la parentalité dans cette analyse.
L’étude ne raconte pas que les parents cessent de tenir à leur partenaire. Elle suggère plutôt que l’attirance, la disponibilité émotionnelle et les moments de proximité peuvent être plus difficiles à préserver dans le quotidien parental. Cette distinction évite de confondre moins d’occasions de se retrouver avec la disparition des sentiments.
Les auteurs avancent plusieurs explications possibles : le stress, la fatigue, les contraintes financières et les conflits entre travail et vie familiale. Ils les présentent comme des mécanismes plausibles associés à la transition vers la parentalité, pas comme une preuve que chaque parent vivra la même trajectoire. La charge mentale, ce sac à dos invisible, n’a pas besoin d’être spectaculaire pour occuper toute la place sur la banquette arrière.
Cette analyse ne permet pas de départager ces explications. Elle ne dit pas si, dans un couple donné, la distance vient d’abord du manque de sommeil, des horaires professionnels, des tensions financières ou d’un autre facteur. Elle invite à regarder séparément l’attachement, la proximité et l’attirance, au lieu de coller au couple une seule étiquette : heureux ou malheureux, solide ou fini.
La charge mentale change d’épaule
Dans le quotidien parental, les échanges portent souvent sur les horaires, les repas, les rendez-vous, la nounou, le congé parental ou la reprise du travail. Ces conversations sont nécessaires, mais elles ne nourrissent pas toujours l’intimité. Un couple peut fonctionner comme une équipe efficace tout en ayant peu d’espace pour parler de ses émotions ou de son désir.
Le résultat de l’étude invite à distinguer trois questions : est-ce qu’on reste engagés dans la relation, est-ce qu’on se sent proches, et est-ce qu’il reste une place pour l’attirance? Les réponses peuvent être différentes. C’est là que se trouve le vrai sujet.
Chez Chroniques de Maman, on en a discuté entre deux messages de crèche : quand on est épuisés, demander si l’autre nous aime encore produit rarement une conversation très fine. Demander ce qui manque en ce moment, du temps, du repos, de la tendresse ou une meilleure répartition, ouvre une porte plus concrète.
Trois curseurs et pas de baguette magique
Un échange court peut aider à repérer ce qui se passe, sans organiser une grande opération romantique avec bougies, playlist et enfant qui hurle dans la pièce voisine. La démarche consiste à :
- Nommer le curseur le plus bas. Est-ce la proximité émotionnelle, la passion ou le sentiment d’avancer ensemble qui manque le plus?
- Identifier l’obstacle concret. Fatigue, horaires, argent, charge domestique et manque d’intimité ne se traitent pas de la même façon.
- Choisir une action réaliste. Passer un relais précis, protéger un temps de discussion ou recréer un contact affectueux peut être plus accessible qu’une soirée parfaite.
- Revenir au sujet. La relation évolue avec l’âge des enfants, la reprise du travail et les changements de rythme. Un seul échange ne règle pas tout, et c’est normal.
Ces repères ne constituent pas une méthode validée pour restaurer la passion. Ils aident surtout à éviter le diagnostic express du type : on ne sort plus, donc on ne s’aime plus.
Le chiffre ne fait pas le couple
L’étude ne transforme pas son résultat en règle familiale. Son échantillon réunit des adultes mariés ou fiancés, âgés de 18 à 99 ans, dans 25 pays. Cette diversité de contextes ne suffit pas à établir une loi universelle : les normes autour du couple, de la coparentalité, du travail domestique et du soutien familial peuvent différer selon les pays.
Le protocole ne permet pas de savoir ce qui se passe dans un couple particulier. Il ne permet pas non plus de déduire qu’une taille de famille serait préférable à une autre pour préserver la proximité. Le résultat distingue simplement la présence d’enfants et leur nombre, deux variables que l’on confond facilement quand la fatigue prend toute la place.
Une baisse temporaire de passion n’a pas la même signification qu’une souffrance durable, qu’un conflit permanent ou qu’une relation marquée par la peur et la violence. Dans ces situations, un thérapeute de couple, un psychologue ou un autre professionnel qualifié peut aider à évaluer ce qui se joue et à trouver un accompagnement adapté.
La question utile n’est donc pas : combien d’enfants avons-nous? C’est plutôt : quelle partie de notre lien a besoin d’attention aujourd’hui? Voilà une question moins spectaculaire qu’un classement des familles, mais nettement plus pratique quand le lave-vaisselle bippe à 23 h 47.
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