Une étude publiée en 2025 associe la présence d’enfants à une baisse de la passion et de l’intimité dans le couple, sans montrer qu’un enfant supplémentaire fragilise davantage la relation. Le quotidien familial ne se résume donc pas à un compteur de biberons, de cartables ou de lessives.
On connaît la scène : un parent gère le bain, l’autre répond au message de la crèche, puis chacun s’écroule devant une série sans vraiment la regarder. L’amour peut rester présent tout en composant avec la fatigue, les horaires décalés, les dépenses et la charge mentale, ce sac à dos invisible qui voyage rarement tout seul.
Le triangle des Bermudes du couple
Pour étudier l’amour romantique, l’article scientifique Is Family Size Related To Love? Data from 25 Countriespublié en 2025 dans la revue Human Natures’appuie sur la théorie triangulaire de l’amour de Sternberg. Elle distingue la passion, qui inclut l’attirance physique et le désir, l’intimité, liée à la proximité émotionnelle et au partage, et l’engagement, qui correspond à la décision de maintenir la relation dans la durée.
Ce découpage évite une question trop large : « Est-ce qu’on s’aime encore? » Un couple peut rester engagé tout en ayant moins de temps pour parler, moins d’énergie pour se toucher et moins d’occasions de se retrouver. La relation ne disparaît pas forcément. Elle change de régime, parfois sans prévenir.
Le sommeil, l’alimentation et la patience prennent parfois toute la place, tandis que l’intimité attend son tour dans le panier à linge.
3 187 adultes, 25 pays et un résultat moins simple qu’un sondage Instagram
L’étude a analysé les réponses de 3 187 personnes mariées ou fiancées, âgées de 18 à 99 ans, dans 25 pays. Les femmes représentaient 55,9 % de l’échantillon. Les chercheurs ont comparé la présence d’enfants et le nombre d’enfants avec l’amour romantique global et ses composantes : passion, intimité et engagement.
Le résultat principal est précis : les personnes ayant des enfants présentaient des scores plus faibles d’amour romantique global, d’intimité et de passion que les personnes sans enfant. Le nombre d’enfants n’était pas associé aux scores d’amour romantique global, d’intimité ou de passion. L’engagement, lui, n’était pas lié à la présence d’enfants.
Cette étude montre une association, pas une causalité. Elle ne permet pas d’affirmer que la parentalité provoque directement une baisse de l’intimité ou de la passion, ni de prédire l’évolution de chaque couple. Les participants n’ont pas été étudiés uniquement pendant le post-partum ou la première année après une naissance. Lire ces résultats comme une sentence familiale serait donc une drôle d’idée.
La passion ne tient pas dans le panier à linge
Les auteurs avancent plusieurs explications possibles : le stress, la fatigue, les contraintes financières et le conflit entre vie professionnelle et vie familiale. Ces facteurs ne touchent pas tous les foyers avec la même intensité, mais ils réduisent les moments où le couple peut exister autrement que comme une équipe logistique.
Quand chaque échange commence par « Tu as pensé au rendez-vous médical? », « Qui récupère les enfants? » ou « Il reste du lait? », la conversation intime finit par ressembler à une réunion de copropriété. Ce n’est pas une preuve de désamour. C’est parfois le signe que le couple ne dispose plus d’un espace distinct de la coparentalité.
L’engagement peut résister davantage parce qu’il repose sur des décisions, des habitudes et une organisation commune qui continuent de faire fonctionner la famille. Le couple tient, mais il peut avoir besoin d’être retrouvé comme relation amoureuse, et pas uniquement comme service de transport, de repas et de linge propre.
Le sac à dos invisible passe à deux
Partager les tâches ne consiste pas uniquement à répartir les gestes visibles. Préparer le repas se voit. Se souvenir qu’il faut racheter les chaussures, remplir le dossier de la crèche, anticiper l’anniversaire et vérifier la taille des vêtements se voit beaucoup moins. Si une seule personne conserve toutes ces informations en tête, la fatigue relationnelle peut s’installer même lorsque l’autre aide ponctuellement.
Un échange concret commence par quelques questions : qui se lève la nuit, qui prend les rendez-vous, qui sait ce qu’il reste dans le réfrigérateur, qui annule sa réunion lorsque l’école appelle? Elles ne servent pas à distribuer des médailles de parent modèle. Elles montrent où se trouve la charge et où le relais peut passer.
Le couple ne se retrouve pas avec une injonction à faire davantage d’efforts, mais avec des tâches, du temps et des décisions réellement partagés.
Le rendez-vous sans tapis rouge
Retrouver de l’intimité ne suppose pas forcément une sortie coûteuse ou une disponibilité miraculeuse. Un café partagé avant le réveil des enfants, dix minutes de conversation sans téléphone ou une promenade autour du pâté de maisons peuvent créer un espace différent, à condition de ne pas le transformer en bilan comptable de la journée.
La question posée compte souvent davantage que le décor. « Qu’est-ce qui t’a fatigué aujourd’hui? », « De quoi as-tu besoin cette semaine? » ou « Qu’est-ce qui t’a fait rire? » ouvre une conversation que « Tu as réservé la nounou? » ne risque pas de lancer. Chez Chroniques de Maman, on sait aussi qu’un échange de huit minutes dans une cuisine peut avoir plus de réalité qu’un dîner romantique planifié trois semaines à l’avance.
Pour l’intimité physique, aucune fréquence universelle ne s’impose. Le désir peut être perturbé par le manque de sommeil, les changements corporels, la douleur, l’allaitement, la reprise du travail ou le sentiment d’être constamment sollicité. En cas de douleur persistante, de pression ou de souffrance, un médecin, une sage-femme, un psychologue ou un conseiller conjugal peut aider.
Un enfant, deux enfants, trois enfants : le compte ne dit pas tout
L’absence d’association claire entre le nombre d’enfants et les scores d’amour romantique est l’un des résultats les plus utiles de l’étude. Elle ne signifie pas que toutes les familles vivent la même réalité ou que le nombre d’enfants ne change jamais l’organisation. Elle indique que le chiffre, pris seul, explique mal ce qui se passe dans une relation.
Les ressources disponibles, la santé des parents, le soutien familial, les horaires de travail, le tempérament des enfants et la répartition des responsabilités peuvent modifier fortement le quotidien. Deux foyers avec deux enfants peuvent avoir des semaines très différentes selon qu’ils disposent d’un relais régulier ou avancent seuls avec une nuit blanche carabinée dans les jambes.
La situation sociale pèse aussi. Les contraintes financières peuvent limiter les solutions de garde, les sorties et les temps de repos. Le congé parental, la reprise du travail et le coût des modes de garde déterminent la quantité d’énergie disponible pour le couple. Conseiller un week-end à deux à une famille qui ne peut pas financer une garde, ça sonne creux.
Le couple et la parentalité, sans diagnostic au doigt mouillé
Les résultats de cette étude peuvent aider à mettre des mots sur une expérience fréquente, mais ils ne permettent pas de juger la solidité d’un couple. Une baisse d’intimité n’est pas automatiquement une crise. À l’inverse, un engagement qui reste fort ne doit pas minimiser une détresse, des conflits permanents ou une situation de violence.
Lorsque les discussions tournent toujours au reproche, qu’un parent se sent isolé ou que la sexualité devient une source de pression, un professionnel peut aider à clarifier la situation. Le soutien doit être adapté à l’histoire du couple, à ses conditions de vie et à la nature de ce qui fait souffrir.
L’étude de 2025 donne donc un repère, pas une note de conduite familiale. Le nombre d’enfants ne suffit pas à expliquer l’intimité ou la passion d’un couple. Reste à trouver quinze minutes dans le calendrier pour passer le relais. Même le panier à linge peut attendre, exceptionnellement.
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