À 14-16 ans, la persévérance scolaire ne consiste pas à serrer les dents jusqu’au prochain contrôle. Une étude longitudinale menée auprès de 549 adolescents montre que la ténacité s’inscrit dans un objectif précis et dans des conditions qui permettent d’avancer.
Publié en 2021 dans Journal of Youth and Adolescencece travail a suivi des élèves finlandais de huitième et de neuvième année, âgés de 14 à 16 ans. Les chercheurs ont étudié leur persévérance, leur engagement envers des objectifs scolaires et leurs résultats. Quatre profils se dégagent : un groupe très engagé et persévérant, un groupe intermédiaire et deux groupes moins engagés.
Le profil le plus engagé concernait environ 17 % des élèves. Le profil intermédiaire regroupait près de 60 % d’entre eux, tandis que les deux profils les moins engagés représentaient environ 8 % et 12 % des participants. La volonté, seule, n’a donc rien d’un bouton marche-arrêt. Et chez Chroniques de Maman, on a toutes déjà constaté qu’un bouton marche-arrêt parental serait bien pratique au moment des devoirs.
Le grit, version course d’obstacles
Le mot grit désigne ici deux dimensions mesurées séparément : la persévérance de l’effort et la constance de l’intérêt. Les chercheurs y ont ajouté l’engagement envers un objectif scolaire, c’est-à-dire le lien volontaire qui pousse un élève à tenir à un but précis. Faire preuve de ténacité en général ne dit pas forcément vers quoi cette énergie est dirigée.
Un adolescent peut être très persévérant dans le sport, la musique ou un jeu vidéo et ne pas placer les mathématiques ou l’orientation en tête de ses priorités. Ce n’est pas une incohérence morale. C’est une question d’objectif, de sens et de ressources disponibles. La recherche sur le grit a d’ailleurs été critiquée pour son association parfois faible avec la réussite scolaire, surtout lorsque l’on tient compte de traits proches comme la conscience professionnelle ou le contrôle de soi.
Dans l’étude finlandaise, les élèves du profil à la fois très engagé et persévérant avaient les résultats scolaires les plus élevés. Cette association restait observée après la prise en compte du sexe, du statut socioéconomique, de la conscience professionnelle et de la persévérance scolaire. Cela ne prouve pas que le grit provoque de meilleures notes. Cela montre plutôt que la persévérance et l’objectif scolaire ont intérêt à être regardés ensemble.
Avant de demander à un adolescent de tenir bon, il faut savoir à quel objectif il tient et dans quel cadre il essaie d’avancer.
Objectif orientation, le GPS recalcule
À 14-16 ans, les objectifs scolaires peuvent évoluer. L’étude compare la huitième et la neuvième année, ce qui permet d’observer les changements de profils sur une année scolaire. Le contexte n’est donc pas un décor immobile : les priorités et les ressources d’un élève peuvent changer en même temps que ses projets.
Le profil le plus engagé n’était d’ailleurs pas complètement stable. Plus d’un tiers des adolescents appartenant à ce groupe en huitième année en sortaient en neuvième. Un jeune qui change d’objectif ou traverse une baisse d’investissement n’est donc pas automatiquement en train de perdre une qualité personnelle. Il peut être en train de recalculer son itinéraire. Le GPS de l’adolescence adore les détours.
À la maison, une conversation en quatre temps permet de partir du réel, pas d’un grand discours sur la volonté :
- Nommer l’objectif du moment. Il peut s’agir de comprendre une notion, de préparer une évaluation, de retrouver une méthode de travail ou de réfléchir à une orientation. « Avoir de bonnes notes » reste trop vague pour guider une action.
- Réduire l’objectif à une étape visible. Lire une consigne, demander une explication, préparer une fiche ou effectuer un exercice donne un point de départ concret. L’adolescent n’a pas besoin de promettre de réussir toute l’année un mardi soir à 21 h 47.
- Chercher l’obstacle avant de parler d’effort. Une difficulté peut concerner la compréhension, la fatigue, l’organisation, la peur de l’échec, les relations avec les autres élèves ou le choix d’orientation. Ces problèmes ne se règlent pas tous avec davantage de volonté.
- Faire le point et ajuster. Si l’objectif ne correspond plus à ce que l’élève veut, il peut être reformulé. S’il reste important mais paraît inaccessible, l’étape doit être réduite ou un relais doit être trouvé auprès d’un enseignant, du professeur principal ou d’un professionnel de l’établissement.
Cette démarche traduit une distinction utile pour lire l’étude : l’engagement envers un objectif donne une direction, tandis que la persévérance demande du temps et des stratégies pour poursuivre cette direction. L’un ne remplace pas l’autre.
Un objectif qui appartient un peu à l’adolescent tient mieux qu’un objectif entièrement fabriqué par la famille.
La note n’est pas une boule de cristal
L’étude de 2021 montre que les profils variaient aussi selon les aspirations scolaires, le sexe et le statut socioéconomique. Les aspirations correspondent au niveau de diplôme qu’un jeune espère atteindre. Le statut socioéconomique renvoie aux conditions sociales et matérielles dans lesquelles il évolue. Ces variables ne transforment pas un adolescent en machine à réussir, mais elles rappellent que l’engagement scolaire ne se construit pas dans le vide.
Un jeune qui connaît les codes de l’orientation, dispose d’un espace calme, reçoit de l’aide pour ses devoirs et imagine facilement la suite de son parcours ne part pas exactement du même endroit qu’un camarade qui doit décoder seul chaque étape. La charge mentale familiale, ce sac à dos invisible que l’on pose rarement sur la table, peut aussi peser sur les échanges autour de l’école.
La bonne question n’est donc pas toujours « pourquoi ne fait-il pas plus d’efforts? ». Elle peut devenir « qu’est-ce qui rend cet objectif difficile à poursuivre ici et maintenant? ». Cette formulation évite de transformer une note ou une période de démotivation en jugement sur le caractère.
La comparaison entre enfants fait rarement avancer la situation. Elle fabrique surtout une nouvelle tâche dans le sac à dos : prouver qu’on vaut autant que le frère, la sœur ou le voisin qui a déjà fini son exposé. Et personne n’a besoin d’un championnat familial du meilleur élève.
La classe à Dallas, ou le besoin d’appartenance
Une autre publication permet d’élargir la réflexion avec prudence. Dans une étude comparative publiée le 24 mai 2021 dans The British Journal of Educational PsychologyAR Steele et HE Douglas ont étudié les expériences de 199 étudiants locaux et de 313 étudiants transnationaux inscrits sur les campus australien et singapourien d’une université australienne.
Les étudiants transnationaux déclaraient une intégration sociale et académique plus faible, ainsi qu’un engagement envers leur établissement et une satisfaction moins élevés. En revanche, les deux groupes ne différaient pas concernant leurs intentions de poursuivre leurs études. Les analyses statistiques associaient l’intégration et l’engagement aux intentions de persévérer dans les deux groupes, au-delà des caractéristiques démographiques et du cursus.
Cette étude porte sur l’enseignement supérieur et ne permet pas de tirer une règle directe pour un collégien français. Elle apporte toutefois un repère utile : l’engagement ne dépend pas uniquement de ce que l’élève veut faire. Il dépend aussi de la place qu’il trouve dans son établissement, de l’aide accessible et de la manière dont il comprend son parcours.
Quand un adolescent dit qu’il ne veut plus travailler, on peut donc explorer plusieurs pistes : se sent-il capable de suivre en classe? Sait-il à qui demander de l’aide? Se sent-il isolé? Comprend-il le lien entre les matières et son projet? La réponse ne sera pas forcément spectaculaire. Parfois, elle tient dans une consigne jamais comprise ou dans une orientation vécue comme imposée.
Le tableau de bord, pas le tribunal
Pour suivre la situation sans surveiller chaque ligne du cahier, on peut tenir un tableau très simple avec l’adolescent : l’objectif choisi, l’étape réalisée et le relais possible en cas de blocage. Ce support sert à observer un chemin, pas à distribuer des bons et des mauvais points.
La coparentalité compte ici. Si l’un des parents exige une moyenne précise tandis que l’autre parle surtout d’orientation ou de bien-être, l’adolescent reçoit deux GPS qui recalculent en même temps. Se mettre d’accord sur une priorité courte, puis passer le relais, évite de transformer chaque devoir en sommet de crise.
Le résultat de l’étude finlandaise invite surtout à abandonner une idée trop simple : les adolescents persévérants ne seraient qu’une catégorie stable, supérieure aux autres. Le profil le plus favorable était minoritaire et pouvait changer en une année. La persévérance scolaire ressemble davantage à une combinaison entre un objectif, une énergie, des conditions de travail et un sentiment de pouvoir avancer.
À 14-16 ans, le GPS recalcule souvent. Notre rôle de parents consiste moins à hurler « tout droit » qu’à vérifier où l’adolescent veut aller et qui peut l’aider à y parvenir.
Sources et références scientifiques
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